Les Chroniques du Menteur
Accueil du site > Romantisme > L’idée du mariage

L’idée du mariage

mercredi 13 janvier 1999, par Pierre Lazuly

Rien n’est plus difficile en ce bas monde que de rencontrer l’âme soeur. Généralement, il faut l’attendre longtemps. Et quand bien même vous l’auriez rencontrée, il faut encore réussir à lui parler. Si possible sans bafouiller. C’est une épreuve terrible ; certains n’y parviennent jamais.

Les plus timides d’entre vous se réjouiront donc d’apprendre que désormais, l’amour et le mariage s’obtiennent sur concours. Par une méthode scientifique. C’est ainsi que deux jeunes britanniques auront la joie de convoler en justes noces à la fin du mois de janvier : ils sont les heureux lauréats du concours « deux étrangers pour un mariage » organisé par une radio de Birmingham, laquelle offre en prime un voyage de noces aux Bahamas et la jouissance - laissez-moi finir ma phrase, voyons - la jouissance d’une maison et d’une automobile pendant un an.

Le 23 janvier prochain, les futurs époux, qui ne se seront jamais parlé et n’auront jamais vu la moindre photo de l’autre, se rencontreront pour la première fois dans un hôtel de Birmingham. Ils s’envoleront alors immédiatement pour leur voyage de noces.

La sélection est des plus sévères. Les candidats au concours subissent toute une série de tests psychologiques, sont soumis à un détecteur de mensonges, voient leurs thèmes astrologiques étudiés, et doivent « prouver qu’ils sont plus intéressés par l’idée du mariage que par les prix à gagner ».

« Ce que nous essayons de faire, c’est de trouver deux personnes qui s’accordent aussi parfaitement que possible », explique Mike Owen, le porte-parole de la radio, qui précise : « c’est plus scientifique que la plupart des mariages arrangés ». Il y aurait témérité à le contredire. C’est en effet plus scientifique que le bon vieux coup de foudre. Indéniablement plus cartésien que le simple béguin.

Et pourtant, malgré la scientificité de sa méthode, Mike Owen se refuse à tout pronostic sur la durée de l’union, se contentant d’affirmer que les finalistes sont très sérieux et « très attachés à l’idée du mariage ». Lors de la première compétition de ce type, en Australie, le mariage avait duré deux mois. Ce qui laisserait à penser que le mariage scientifique n’est pas nécessairement le plus adapté.

D’ailleurs, est-on vraiment plus heureux en couple ? Les japonais en doutent. Ils commenceraient même, selon une récente étude, à trouver la vie à deux « trop fatigante ». Mais ils ne supportent pas non plus la solitude complète : « une personne et demie est le chiffre parfait », résume l’agence de publicité qui a mené l’enquête.

Généralement, cette demi-personne de compagnie prend la forme d’un animal domestique : « des femmes célibataires choisissent de partager leur vie avec un chien car cela demande moins d’effort que de vivre avec un homme ». Les méduses de compagnie sont également fort prisées (« leurs exigences limitées en matière d’espace les rendent particulièrement adaptées à la vie en appartement »), ainsi que les oreillers en forme de poupée (« des compagnons idéaux pour combler le vide de leurs nuits solitaires », affirme l’agence).

L’électronique se charge de leurs rencontres : les jeunes femmes nipponnes ne jureraient plus, si j’en crois la même agence, que par le Lovegety, ce petit boîtier électronique qui bippe lorsque vous passez à proximité d’une autre personne en rut. Il offre, nous dit-on, « une alternative aux femmes hésitant à s’engager dans une relation sérieuse mais intéressées par des rencontres romantiques (sic) ».

Perturbés à l’idée que les jeunes nipponnes leur préfèrent méduses de compagnie et oreillers en forme de poupée, inquiets de n’être plus bientôt que de la chair à Lovegety, nombre de jeunes japonais commencent à douter sérieusement de leur masculinité. Ils s’enduisent désespérément de fond de teint, s’arrachent les accessoires à rectifier les sourcils et plébiscitent les magazines de beauté. « Ils revendiquent audacieusement et avec grâce une partie du territoire féminin », délire l’agence nipponne. Résumons-nous : les japonais ne savent plus ce qu’ils font.

Il est grand temps que les radios japonaises découvrent la méthode scientifique qui permettra de les marier.

PIERRE LAZULY
Accueil | SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Quitter