Et voilà : encore une élection qui se finit sur des prolongations. Cette fois, c’est au tour de la présidentielle mexicaine de jouer les indécises : « Mexique : l’écart en faveur de Calderon se réduit. L’avantage du conservateur sur le candidat Andres Manuel Lopez Obrador lors de la présidentielle au Mexique s’est réduit de 402.708 à 257.532 voix, selon des chiffres annoncés par l’autorité électorale mexicaine ».
C’est assez sidérant, ces derniers temps, le nombre d’élections qui se terminent par une égalité quasi parfaite. Un match nul, si ça vous parle mieux. Ça avait vraiment commencé avec Bush contre Gore en novembre 2000, mais désormais c’est un véritable festival international. Bush contre Kerry quatre ans plus tard, puis ces derniers mois Berlusconi contre Prodi en Italie, Schröder contre Merkel en Allemagne, Voynet contre Cochet sur la Planète des Verts (même si ça compte pour du beurre), Topolanek contre Paroubek en République tchèque, et aujourd’hui Calderon contre Obrador au Mexique. À chaque fois, pour reprendre un titre de Libé, « deux perdants qui clament victoire », des nouveaux recomptes de voix, des contestations... Bref, pour parler plus clairement au téléspectateur que vous êtes : des prolongations. Et, au final, une victoire qui ne satisfait personne. Un gagnant sans légitimité. Un vainqueur parce que le règlement exige un vainqueur au bout du temps règlementaire. Même si, je suis bien d’accord avec le supporter que vous êtes, c’est quand même super nul que des matchs de cette importance puissent se jouer sur des espèces de tirs au but.
Je repensais à tout ça en regardant Allemagne-Italie. C’était dingue quand même : un match nul entre Schröder et Merkel, puis un match nul entre Berlusconi et Prodi, et maintenant on s’acheminait vers un match nul entre l’Allemagne et l’Italie ! Comme quoi le football, hein, quand même, c’est un peu une parabole de la vie. D’ailleurs, même un homme aussi cultivé que Jack Lang tirait du parcours des Bleus des leçons pour la présidentielle : c’est dire ! Bon, sauf que Jack Lang il est un peu comme moi quand j’étais au collège : quand on jouait au foot, personne ne voulait jamais m’avoir dans son équipe tellement j’étais un boulet.
Au début, je me suis dit que toutes ces élections sans véritable vainqueur, c’était juste une conséquence de la loi des séries, quelques coïncidences (et puis la France n’avait-elle pas fourni un si joli contre-exemple, avec le plébiscite - 82% ! - de son dernier président ?). En fait, maintenant, je suis persuadé qu’il y a une sorte de grande loi mathématique derrière tout ça. Une loi qui prévoirait aussi qu’un hypothétique match Royal contre Sarkozy aboutirait exactement au même résultat, un 50/50 qui pencherait plutôt un jour par-ci et un jour par-là (c’est d’ailleurs le cas dans la litanie de sondages ridicules qu’on nous sort aujourd’hui).
Énonçons donc la loi de Lazuly : « lorsque deux candidats maquillent d’un vernis de gauche et de droite le même programme, ils obtiennent le même nombre de voix ». Il semblerait que ce soit une variante du principe des vases communicants. Un truc du genre si le différentiel d’idées tend vers zéro les niveaux tendent à s’équilibrer.
Par exemple, si un candidat A nous propose d’encadrer les jeunes délinquants par les commandos d’infanterie de marine, et un candidat B d’encadrer les jeunes délinquants par les régiments de parachutistes (ou encore : si A et B admirent tous les deux la même idole Tony C), on observera entre A et B une parfaite égalité.