Le marketing direct, un service public ? 13/04/98
Dans un communiqué de presse, France Télécom
présente, non sans fierté, « le multimédia au service du marketing direct ».
Extraits, et réaction épidermique.
« A partir de la plus importante base de données françaises, le fichier des abonnés
français au téléphone, France Télécom propose aux entreprises de toutes tailles
une gamme complète de produits destinés à optimiser leurs campagnes de marketing
direct.
Téladresses (associé aux Téléstyles) offre de nouvelles méthodes de segmentation
(socio-géographiques, par activité, par âge...) et permet de centrer les actions de
marketing direct sur le coeur de cible.
Au-delà de la location ou de la vente d'adresses qualifiées, disponibles sur tous
supports (disquettes, bandes, étiquettes, listing ou Internet), les équipes
spécialisées de France Télécom apportent de nombreux conseils en matière de ciblage,
qualification et enrichissement de fichiers clients et prospects, en particulier pour
des opérations nécessitant le traitement de gros volumes d'information. »
Ceci étant, je ne voudrais pas accabler seulement France Télécom. La Poste fait exactement la même chose
avec ses « services » MediaPost. Et le plus affligeant, c'est que ces entreprises semblent tirer une grande fierté de la mise en oeuvre de ces pratiques lamentables...
Dans le cas de France Télécom, le remède existe : vous appelez votre agence commerciale (1014, appel
gratuit) et vous demandez à passer sur la liste Orange. C'est gratuit,
vous ne changez pas de numéro, vous continuez à apparaitre sur
l'annuaire, mais France Telecom se doit de vous soustraire de ces
fichiers nauséabonds. A bon entendeur...
30 millions d'amis 07/06/98
Je sais que ma vie privée vous intéresse moins que celle
de Footix mais tout de même, il faut que je vous raconte :
j'ai reçu une lettre. Pas un courrier électronique, non,
une vraie lettre, délicieusement archaïque, dont l'adresse
avait été écrite par une main absolument humaine, et même
féminine. J'ai aussitôt vérifié que j'en étais bien le
destinaire : d'habitude, les seuls amis qui m'écrivent
personnellement sont France Télécom, EDF, mon employeur,
ma mutuelle et ma caisse de retraite. Mes autres amis,
eux, me donnent de leurs nouvelles en déposant gentiment
de jolis magazines m'informant de leurs nouvelles activités
et des mérites de leurs merveilleux produits.
Cette semaine, JouéClub m'a offert gracieusement son catalogue.
Je ne vois pas trop ce que pourrait en faire un jeune imbécile
célibataire, surtout en plein mois de juin. Je ne serais
d'ailleurs pas étonné qu'il y ait derrière tout cela de sombres
raisons footballistiques, des Zidanes en peluche ou des Footix
électroniques. Je n'ai hélas pas eu le temps de tout lire.
Le lendemain, mes amis de Bricogite me proposaient de faire ma
vidange et ceux de Renault m'offraient 20% sur ma nouvelle
cuisine. Ils sont marrants, mes amis qui m'écrivent. Ils
fabriquent tellement de choses qu'ils sont obligés d'écrire
pour espérer les vendre. C'est comme ça qu'on augmente la
croissance, parait-il. N'empêche que s'ils n'ont que des amis
comme moi, c'est loin d'être gagné.
Cette fois pourtant, c'était différent. Un grand moment,
beau comme un pénalty raté par un joueur de l'équipe de France
en plein Mondial. Une lettre d'une vraie demoiselle. Une
demoiselle qui ne me demandait pas de refaire la cuisine - du
moins, pas encore. Elle m'écrivait, d'une main tendre, me
parlait d'elle, s'inquiétait de moi : bref, il me semblait
bien y lire un « nous » et j'en arrivais même à me demander
si le catalogue JouéClub ne me serait pas utile plus tôt
que prévu.
PS : dans ma boîte-à-lettres, pour la seule journée
d'hier, des nouvelles désintéressées de But et d'Intermarché,
un coiffeur féminin sans doute mal renseigné, l'étonnant
« catalogue des bonnes affaires du camion », une « publi-
information » de l'Automobile Magazine, un CD-ROM « Internet
sans abonnement », une invitation de Mac Donald's à ingurgiter
des MaxiMcMorning dès 7h du matin, et last but not least,
l'indispensable magazine « Consomalins, le magazine des
consommateurs malins », portant en exergue : « Les autres vont
avoir l'air malin ! ». Tandis que moi, avec mon téléphone mobile
et mon PC multimédia, on me respectera.
Satisfait ou dérangé 23/08/98
J'ai eu le malheur de faire réparer mon auto chez
un concessionnaire Renault, et non chez mon petit garagiste habituel.
Bien mal m'en prit. Non que le dit concessionnaire ait abîmé ma
voiture, non, c'est bien pire : je suis devenu un client Renault.
Et ça n'a pas raté : une semaine plus tard, mon téléphone sonnait
déjà. « Renault effectue une enquête de satisfaction auprès de ses
clients », m'informait la voix mielleuse d'une interlocutrice flexible.
« Je serais satisfait si Renault ne me dérangerait pas chez moi avec
des enquêtes à la con », ai-je répondu un peu sèchement, avant
d'être soudain pris de remords. J'aurais aimé accueillir plus
gentiment cette pauvre opératrice qui n'y était vraiment pour rien,
mais c'était plus fort que moi : je hais les enquêtes de satisfaction.
Je ne sais pas vous mais moi, lorsque le garagiste oublie de remettre
de l'huile après avoir fait ma vidange, lorsqu'un Airbus s'écrase et
que je suis à l'intérieur, ou que France Inter commence son journal
par l'annonce des joueurs sélectionnés pour un match amical, je fais
savoir mon mécontentement (pour France Inter, n'hésitez pas, c'est
redacinter@radio-france.fr). Je me fends alors d'un courrier
assassin, et un obscur directeur m'assure quelques jours plus tard de
toute sa compassion et m'offre parfois même un bon de réduction
(pour France Inter, par contre, ça ne marche pas).
L'enquête de satisfaction, c'est infiniment plus pervers. Il s'agit
d'amplifier à l'extrême le moindre désagrément, de donner libre cours
à votre mesquinerie de client :
« Et le garagiste, il a été gentil-gentil ou gentil tout court ? »
« Gentil tout court. Il m'a semblé qu'il se moquait un peu de moi. »
« Oh le vilain. On va vous le changer, ne vous inquiétez pas. »
« Oh merci madame ! C'est vrai, c'est pas gentil les gens qui se
moquent de leurs clients. Moi j'aime mieux avoir raison. »
« Mais vous avez toujours raison ! »
« C'est vrai, j'oubliais. Au revoir, madame. »
« Au revoir, cher client. »
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Vous allez bientôt manquer de dentifrice 08/06/98
"Cher Monsieur, savez-vous que votre contrôle technique doit avoir
lieu avant le mois d'août 1998", m'écrit aujourd'hui le concessionnaire
Renault de la ville la plus proche, m'invitant même à bénéficier d'un
pré-contrôle gratuit. Je vérifie sur ma carte grise : le prochain contrôle
doit effectivement avoir lieu avant le mois d'août prochain. C'est
merveilleux. Un commerçant désinteressé a eu la délicatesse
de me le rappeler.
Je n'ai pourtant jamais mis les pieds - et encore moins ma Clio - chez
ce charmant concessionnaire. Comme indiqué au dos de son courrier,
ce message m'a été adressé à l'aide des informations du fichier Central
des Automobiles, fichier constitué à l'aide des informations vendues par
les services préfectoraux. Lorsque vous immatriculez votre véhicule,
la préfecture transmet ses informations à l'Association Auxiliaire de
l'Automobile, laquelle, selon la formule consacrée, "valorise ce
patrimoine". La CNIL avait à ce sujet répondu à un plaignant que
cela favorisait la reprise économique dans le secteur automobile,
et qu'il lui était loisible de s'en soustraire par simple courrier à
l'A.A.A, 2 rue de Presbourg, Paris 8ème, en mentionnant son
numéro d'immatriculation.
Il y a tout lieu de penser qu'avec les progrès des technologies de
l'information et de la communication, comme disent les imbéciles,
le supermarché voisin saura bientôt me prévenir de l'imminence
d'une pénurie de dentifrice dans ma propre salle de bains.
Rêves de jeunesse 18/11/98
« Que vaut un rêve de jeunesse si on n'a aucune chance de le réaliser un jour ? », m'écrit l'imbécile qui, chez Ford, est parvenu à s'élever au rang de directeur marketing. « C'est pourquoi Ford a inventé un nouveau mode de consommation automobile : IdéeFord », poursuit-il. J'avoue avoir du mal à suivre son argumentation. D'autant que, sans vouloir me vanter, la « consommation automobile » n'a jamais réussi à détrôner dans mes rêves de jeunesse les folles espérances qu'avaient su éveiller en moi les sourires d'une brune ou les manigances d'une blonde.
Hélas, de toute évidence, le directeur marketing de Ford ignore tout du romantisme. « Il a la voiture, il aura la femme », tel est son slogan. D'ailleurs, même si c'était vrai, ce n'est certainement pas avec une voiture aussi ridicule que la Ford Ka que j'y parviendrais.
Et pourtant, si j'en crois l'avis de Ford, la Ford Ka n'est pas sans attraits : « Avec son look d'enfer très tendance (ça commence bien), la Ka Roller véhicule toutes les nouvelles idées qui circulent en ville. Elle surfe sur toutes les vagues de la circulation avec agilité ». Pour me faire craquer, le directeur marketing ira même jusqu'à m'offrir une paire de rollers si j'achète une Ka Roller neuve. Avec des arguments comme celui-là, difficile de résister.
« Roulez Ka Roller, c'est la légitime expression de la nouvelle génération », poursuit l'imbécile, avant de s'attaquer au nouveau crédo des vendeurs d'auto, la location avec option d'achat. « Plus besoin d'attendre d'être riche et célèbre pour changer de voiture tous les deux ans ! », clame le directeur marketing, en plein délire, avant de conclure : « IdéeFord, le moyen d'avoir une voiture neuve tous les deux ans pour ceux qui démarrent dans la vie ! ».
Et à ceux d'entre vous qui ne verraient pas l'intérêt d'avoir une voiture neuve quand on démarre dans la vie, qui pousseraient l'archaïsme jusqu'à s'imaginer qu'on puisse être heureux dans une Clio fatiguée, j'objecterai l'implacable slogan IdéeFord : « À nouvelle génération, nouveau mode de consommation ».
Un mode de consommation qui semble avoir le vent en poupe, si j'en crois la publicité d'un grand constructeur informatique : « Nathalie change de voiture tous les deux ans. Avec YourWare, elle changera aussi de PC ! ».
Et son mari changera de Nathalie.
Balophobie 20/11/98
Je ferai aujourd'hui l'éloge de la balophobie, cette affection dont souffrent certains esprits archaïques, lesquels luttent, parfois désespérément, contre la pollution de leur boîte à lettres. Cette brave boîte qui, les bons jours, contenait quelques lettres d'amour, les mauvais, des lettres de créanciers, déborde désormais de publicités. Tels sont les effets du progrès.
Et ça ne fait que commencer car, si j'en crois la Poste, « la boîte à lettres des Français n'est pas saturée ». Il suffit pour s'en convaincre de visiter le site de Médiapost, la regrettable filiale marketing direct de la Poste. « Les Français expriment une véritable demande pour la publicité en boîte à lettres », y apprend-on. « Le potentiel du media boîte à lettres est prometteur ».
D'ailleurs, une enquête est là pour le confirmer : « Les Français n'ont aucune antipathie pour la publicité qu'ils reçoivent dans leur boîte à lettres, au contraire, 63% d'entre eux sont BALophiles, ils apprécient la publicité en boîte à lettres. Ces deux catégories se redécoupent en deux classes selon l'intensité de leur opinion : 63% de BALophiles, dont 45% sont des « réceptifs actifs » et 18% sont des « accros insatiables ». 37% sont BALophobes, dont 27% sont des « réticents » et 10% sont des « allergiques rédhibitoires ». Si la BALophobie est un frein à la lecture (sic), une proportion importante de BALophobes se laissent tout de même convaincre par la publicité et achète les produits ou services présentés dans les imprimés ».
INGÉNIOSITÉ DU BALOPHOBE
Un mien lecteur, pour qui la catégorie d'« allergique rédhibitoire pervers » mériterait presque d'être créée, m'a fait parvenir le récit de ses aventures balophobiques, récit paru initialement dans la publication trimestrielle de l'association Résistance à l'Agression Publicitaire en avril 1997 :
« En décembre 95, bien décidé à commencer une nouvelle année sans publicité, j'ai décidé d'apporter une petite modification sur ma boîte à lettre normalisée recommandée par la Poste. J'ai installé un verrouillage électromagnétique sur le volet de ma boîte, lequel est alimenté en basse tension par l'intermédiaire d'un programmateur hebdomadaire.
Ensuite, j'ai réglé ce dernier pour que l'ouverture du volet soit possible, entre 09h45 et 12h30. Etant donné la ponctualité du préposé de mon quartier ce réglage c'est avéré satisfaisant. Le passage des distributeurs de publicité ne se situant pas pendant cette période, ce système se révèle pour moi très efficace. D'autre part, j'ai aussi installé un microcontact détectant l'ouverture de ce volet. Cela m'a d'abord permis de connaître l'heure moyenne de passage du préposé, et ensuite d'avoir une détection visuelle ou sonore de courrier. Un deuxième microcontact est d'ailleurs indispensable pour détecter l'ouverture de la porte lors du dépôt d'un colis. L'ensemble est alimenté par un câble genre téléphone. Pour une boîte éloignée du domicile, il est tout à fait possible de concevoir un système autonome » .
Hélas, même cet ingénieux mécanisme ne suffit pas à se protéger des assauts publicitaires, comme nous le confirme mon lecteur bricoleur :
« A trois reprises fin 97 j'ai trouvé la porte de ma boîte ouverte sans effraction. En janvier 98 j'ai installé un détecteur sonore d'ouverture et j'ai pu apercevoir le plaisantin. En septembre dernier, manoeuvre identique avec signature de l'auteur puisque la porte était refermée avec quatre prospectus à l'interieur. Le 29 septembre 1998 j'ai adressé une plainte contre X au Procureur de la République pour abus de confiance, recel d'abus de confiance, effraction et violation de domicile. Aujourd'hui je n'ai toujours pas de réponse.
J'ai fait cette dernière démarche en m'aidant d'un fait similaire. Il y a un an le président de l'association RAP a surpris un distributeur qui entrait dans son immeuble avec un passe (de la Poste...). La plainte a été déclarée recevable, et l'affaire suit son cours... »
Je ne manquerai pas de vous tenir informé des issues de cette affaire. En attendant, je vous laisse sur ces quelques conseils pratiques...
POUR LUTTER CONTRE LA PUBLICITÉ ADRESSÉE
- Renvoyer à l'expéditeur sans timbrer, après avoir rayé votre nom et marqué « refusé » sur l'enveloppe.
- S'inscrire (gratuitement) sur la liste « Stop publicité » en envoyant vos coordonnées à l'Union Française du Marketing Direct, 60, rue de La Boétie, 75008 Paris. Pour une inscription collective, demander le formulaire UFMD à R.A.P.
- S'inscrire (gratuitement) sur la liste orange de France Télécom auprès de votre agence ou au 1014.
POUR LUTTER CONTRE LA PUBLICITÉ DÉPOSÉE
- Apposer sur votre boîte un autocollant exprimant votre refus.
- Écrire à votre receveur pour lui demander d'épargner votre boîte. En cas de refus, déposer dans les boîtes de la Poste ce qu'elle a déposée dans la vôtre.
- Renvoyer la publicité dans une enveloppe sans timbre à la société vantée par le prospectus ou le catalogue (il y a forcément une adresse).
- Signer et faire signer la pétition « Pas de publicité dans ma boîte aux lettres », disponible auprès de R.A.P.
d'après un document édité par : Résistance à l'agression publicitaire (R.A.P.) 53, rue Jean Moulin, 94300 VINCENNES Tel 01 43 28 39 21, fax 01 47 12 17 71 http://www.antipub.net
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