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  Tirs au but  5 juillet 2006

Et voilà : encore une élection qui se finit sur des prolongations. Cette fois, c’est au tour de la présidentielle mexicaine de jouer les indécises : « Mexique : l’écart en faveur de Calderon se réduit. L’avantage du conservateur sur le candidat Andres Manuel Lopez Obrador lors de la présidentielle au Mexique s’est réduit de 402.708 à 257.532 voix, selon des chiffres annoncés par l’autorité électorale mexicaine ».

C’est assez sidérant, ces derniers temps, le nombre d’élections qui se terminent par une égalité quasi parfaite. Un match nul, si ça vous parle mieux. Ça avait vraiment commencé avec Bush contre Gore en novembre 2000, mais désormais c’est un véritable festival international. Bush contre Kerry quatre ans plus tard, puis ces derniers mois Berlusconi contre Prodi en Italie, Schröder contre Merkel en Allemagne, Voynet contre Cochet sur la Planète des Verts (même si ça compte pour du beurre), Topolanek contre Paroubek en République tchèque, et aujourd’hui Calderon contre Obrador au Mexique. À chaque fois, pour reprendre un titre de Libé, « deux perdants qui clament victoire », des nouveaux recomptes de voix, des contestations... Bref, pour parler plus clairement au téléspectateur que vous êtes : des prolongations. Et, au final, une victoire qui ne satisfait personne. Un gagnant sans légitimité. Un vainqueur parce que le règlement exige un vainqueur au bout du temps règlementaire. Même si, je suis bien d’accord avec le supporter que vous êtes, c’est quand même super nul que des matchs de cette importance puissent se jouer sur des espèces de tirs au but.

Je repensais à tout ça en regardant Allemagne-Italie. C’était dingue quand même : un match nul entre Schröder et Merkel, puis un match nul entre Berlusconi et Prodi, et maintenant on s’acheminait vers un match nul entre l’Allemagne et l’Italie ! Comme quoi le football, hein, quand même, c’est un peu une parabole de la vie. D’ailleurs, même un homme aussi cultivé que Jack Lang tirait du parcours des Bleus des leçons pour la présidentielle : c’est dire ! Bon, sauf que Jack Lang il est un peu comme moi quand j’étais au collège : quand on jouait au foot, personne ne voulait jamais m’avoir dans son équipe tellement j’étais un boulet.

Au début, je me suis dit que toutes ces élections sans véritable vainqueur, c’était juste une conséquence de la loi des séries, quelques coïncidences (et puis la France n’avait-elle pas fourni un si joli contre-exemple, avec le plébiscite - 82% ! - de son dernier président ?). En fait, maintenant, je suis persuadé qu’il y a une sorte de grande loi mathématique derrière tout ça. Une loi qui prévoirait aussi qu’un hypothétique match Royal contre Sarkozy aboutirait exactement au même résultat, un 50/50 qui pencherait plutôt un jour par-ci et un jour par-là (c’est d’ailleurs le cas dans la litanie de sondages ridicules qu’on nous sort aujourd’hui).

(PNG) Énonçons donc la loi de Lazuly : « lorsque deux candidats maquillent d’un vernis de gauche et de droite le même programme, ils obtiennent le même nombre de voix ». Il semblerait que ce soit une variante du principe des vases communicants. Un truc du genre si le différentiel d’idées tend vers zéro les niveaux tendent à s’équilibrer.

Par exemple, si un candidat A nous propose d’encadrer les jeunes délinquants par les commandos d’infanterie de marine, et un candidat B d’encadrer les jeunes délinquants par les régiments de parachutistes (ou encore : si A et B admirent tous les deux la même idole Tony C), on observera entre A et B une parfaite égalité.

Pierre Lazuly

Toujours l’incertitude au Mexique, le lendemain matin. À 9h33, Lopez Obrador semble avoir gagné l’avantage : « La légère avance du candidat de gauche à la présidentielle mexicaine, Andres Manuel Lopez Obrador, sur son rival conservateur Felipe Calderon, s’est réduite à moins de 0,5% après le nouveau décompte des suffrages dans 95,48% des bureaux de vote ». À 11h11, Calderon est donné à nouveau en tête : « Le candidat de droite a pris un léger avantage sur son adversaire Lopez Obrador, avec 35,60% contre 35,59% après le décompte de 97,70 % des bulletins de vote de la présidence de dimanche au Mexique ».

22 août 2006 : Encore une élection sans vainqueur. Toujours au Mexique, cette fois il s’agit de l’élection du gouverneur de la province du Chiapas : « Le candidat de la coalition Pour le bien de tous devrait l’emporter de quelques voix (48,39%) sur son adversaire du PRI (48,17%) ».

17 septembre 2006 : Cette fois, c’est au tour de la Suède de jouer les indécises. « Le bloc de centre-droit, baptisé l’Alliance, était crédité à 19h35 GMT de 47,3% des suffrages contre 47% pour la gauche (Sociaux-démocrates, verts et anciens communistes) conduite par le Premier ministre Göran Persson. Selon les analystes interrogés sur les télévisions, les résultats sont tellement serrés qu’il est impossible de prédire l’issue du scrutin ».

8 novembre 2006 : Cette fois, c’est le Sénat américain qui semble jouer les incertains. « Mercredi en fin d’après-midi, le Montana, l’un de deux sièges restant à pourvoir, a basculé à son tour du côté démocrate, avec la victoire à l’arraché de Jon Tester contre le républicain sortant, Conrad Burns. Un seul siège demeure, qui peut suffire à faire basculer le Sénat dans le camp des démocrates : la Virginie. Après dépouillement de 99% des bureaux de vote, le démocrate Jim Webb possèderait dans cet Etat une avance d’environ 8.000 voix sur le républicain sortant George Allen. Ce dernier a réclamé un nouveau décompte des suffrages. Il faut donc s’attendre à plusieurs semaines de délai avant de savoir qui l’a emporté. La loi de Virginie impose en effet d’attendre la publication officielle des résultats avant de commencer le recomptage ».

1er octobre 2007 : Cette fois c’est en Ukraine. « Elle était donnée comme la grande gagnante des législatives, dès le début du dépouillement. Pourtant, l’égérie de la Révolution orange Ioulia Timochenko s’est laissé distancer au fur et à mesure du dépouillement des bulletins dans 77% des bureaux de vote. Le Parti des régions du premier ministre pro-russe Viktor Ianoukovitch arrive très légèrement en tête avec 32,21% devançant d’une courte tête le bloc d’Ioulia Timochenko, qui rassemble 32,1% des suffrages ».



© Les Chroniques du Menteur, 2006
E-mail : Pierre Lazuly
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