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Ernest-Antoine Seillière
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Ernest-Antoine Seillière


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(chronique des retraites envolées)  18 janvier 2001

Je ne sais pas dans quel état je serai, à 67 ans. C’est pas pour faire de la peine à Ernest-Antoine Seillière, mais je suis pas sûr que je serai encore un salarié ultra-performant. Déjà que là, à 27, c’est moyen-moyen, alors à 67, vous pensez. À part causer de mon arthrite à la pause-café et proférer quelques propos bien sentis au sujet des défauts de conception de Netscape 72, je ne serai plus bon à grand chose. De productif, s’entend.

J’ai honte de l’avouer, mais malgré tous mes efforts pour plaire à ce cher Ernest-Antoine, je suis encore loin d’être un prototype de jeune cadre dynamique. Il m’arrive même, c’est triste à dire, d’accorder plus d’importance à la rédaction d’une petite missive destinée à une chère et tendre qu’à l’étude des priorités stratégiques de mon client attitré. À 67 ans, c’est sûr, j’écrirai peut-être de très bons contes de fées pour mes petits-enfants, je leur raconterai avec emphase comment c’était le bon vieux temps où pépé il écrivait des chroniques pour les internautes désoeuvrés, mais question priorités stratégiques, je serai sans doute un peu dépassé.

Pourtant, je suis pas le mauvais bougre, je veux bien suivre des tas de formations continues, du Word 26 et du Windows 2040, tout ce que vous voudrez. Je suis prêt à faire des tas d’efforts pour conserver mon « employabilité ». L’améliorer, même. Vous voyez, on a beau dire, je suis quand même un salarié vachement motivé. Seulement y a des jours, comme hier, où c’est vraiment trop dur de se lever. Déjà que, d’habitude, j’ai une légère tendance à ronchonner en ingurgitant mon fromage blanc à la vanille, hier c’était le bouquet. On devrait interdire de citer les déclarations du Medef à la radio avant la fin de matinée, c’est à vous dégoûter d’aller travailler.

On peut comprendre à la rigueur qu’un baron qui passe ses journées à vociférer contre les salariés puisse avoir envie de travailler jusqu’à 75 ans. C’est vrai, c’est sympa, comme boulot, les jetons de présence, les notes de frais, tout ça. Sa trombine à la télé. N’empêche, pour les gens qui travaillent vraiment, c’est pas si marrant. Vous commencez votre vie professionnelle un peu avant 23 ans (et encore, c’est une chance, vous avez échappé à l’armée), vous vous dites « bon, j’en ai pour 40 ans, à 63 ans la quille ». Ça vous semble un peu lointain, bien sûr, mais vous vous y faites. C’est un concept sympathique, la retraite. Du moins ça l’était.

Et puis, un beau matin, tout endormi encore, tout attendri par vos songes de la veille, vous entendez le sinistre baron vociférer contre « la France qui freine » (les fonctionnaires, la gauche, les salariés en CDI, bref tous ces privilégiés), cette vermine qui fait rien qu’à ralentir « la France qui avance » (les entrepreneurs qui créent la croissance, l’emploi, la richesse, tout ça). Moi, je croyais naïvement que la retraite à 60 ans, c’était une avancée sociale ; c’est parce que je fais partie de la France qui freine, que j’ai rien compris aux principes de la « refondation sociale » de la vraie France qui avance et qui crée des emplois. Ce que j’ai compris, en tout cas, ce qui m’a fait rester au chaud dans mon lit en tentant de raccrocher mes rêves de la nuit, c’est que la retraite à 60 ans c’était fini, que « la France qui avance » nous emmerde et qu’elle a décidé de ne plus financer nos retraites de privilégiés. Ça c’est de la « refondation sociale » ou je ne m’y connais pas.

45 ans de cotisations. C’est ce que réclame le baron. Alors, malgré vous, vous le suivez dans sa logique de fou, vous additionnez des années pour voir jusqu’où ses élucubrations vont vous emmener. Je sais pas vous mais moi, j’aurai droit à la retraite à la veille de mes 68 ans. Je ferai une grande fête avec tous mes collègues aux cheveux blancs.

Et encore, le départ pour mes 68 ans, c’est l’hypothèse la plus optimiste. Si on arrive à sauver la retraite par répartition. Et puis le baron, il réclame 45 ans de cotisations aujourd’hui, mais dans 10 ans, allez savoir, il est fichu de nous faire une dernière « refondation sociale » pour le plaisir. Si j’ai bien compris, il s’est mis dans la tête d’indexer l’âge de départ à la retraite sur la « neutralité actuarielle », c’est-à-dire sur notre espérance de vie moyenne. En gros, plus on vieillira, plus la retraite s’éloignera. Allez vous lever après ça !

Pierre Lazuly



Le lobby des cons finis  5 octobre 1999

Grand raout d’entrepreneurs aigris, hier après-midi à Paris : « Qui fait la richesse de la France ? » « C’est nous ! » hurlent 25 000 bouches ravies. « Qui assure l’emploi de millions de Français ? » « C’est nous », hurlent-elles encore plus fort. « Qui est ignoré, méprisé ? » « C’est nous ! » s’étranglent les entrepreneurs, ravis.

Il ne manquait que la chute : « Qui est-ce qui licencie et qui récolte en échange des millions de francs de stock-options ? » « C’est nous ! », auraient braillé, enthousiastes, les valeureux entrepreneurs. Avec Philippe Jaffré dans le rôle de l’enfant de choeur.

Entre 20.000 et 30.000 chefs d’entreprise s’étaient donc réunis lundi à Paris à l’appel du MEDEF et de la CGPME pour protester contre le projet de seconde loi sur les 35 heures et la politique du gouvernement Jospin. « Le premier jour d’une reconquête de l’opinion par les entrepreneurs », selon Ernest-Antoine Seillière. Dans une ambiance surchauffée, au Parc des expositions de la Porte de Versailles, les chefs d’entreprise ont, à de nombreuses reprises, hué le gouvernement et s’en sont particulièrement pris à la ministre de l’emploi, en scandant « démission » à la prononciation de son nom. Un peu comme des chasseurs insultant Dominique Voynet, vous voyez ?

À la tribune, les orateurs populistes défilent. « Je crains », éructe l’imbécile président de la Fédération du bâtiment, que cette « loi, rejeton de myopes et de sourds », ne produise « une France d’assistés, de protégés et de dormeurs ». Il prédit la « fracture entre ceux qui osent dirent qu’ils aiment leur travail et ceux qui ont choisi de s’y ennuyer ». Et cet autre entrepreneur qui n’en revient toujours pas d’avoir été sommé par l’Inspection du travail de discuter avec un syndicaliste : « Des gens qui sont là depuis 10 ans, 20 ans ! », s’énerve-t-il. On le comprend, c’est énervant, des gens qui ont réussi à garder leur emploi si longtemps.

« Quand on voit l’Etat fixer les temps de casse-croûte dans les entreprises chimiques et les temps d’habillage et de déshabillage dans les Travaux publics, nous pensons que le socialisme d’Etat n’est pas loin », avait déclaré le baron Seillière lundi matin sur Europe 1. « Une limite nous paraît dépassée. Le gouvernement commence à déborder sur la liberté d’entreprendre, il y a une tendance très abusive de l’Etat à pénétrer dans le domaine social ». Peut-être parce que le gouvernement sait très bien que certains patrons, si l’on ne « déborde pas sur leur liberté d’entreprendre », infligent à leurs salariés l’humiliation des pauses pipi à heure fixe.

Démonstration de force d’un patronat joyeusement réactionnaire. « Loi Aubry, loi pourrie », résumait une banderole tenue par les chefs d’entreprises aigris. Il suffisait que le nom du Premier ministre Lionel Jospin soit prononcé pour que les huées fusent. Pauvre Lionel Jospin ! Lui qui privatise tant qu’il peut, qui flexibilise à tour de bras ! Ah, ces entrepreneurs, quels ingrats !

Car naturellement, le patronat prétend ne rien avoir obtenu sur les 35 heures, bien que Mme Aubry lui ait fait de nombreuses concessions, en octroyant notamment une période de transition d’un à deux ans sur les heures supplémentaires, qui, de fait, repousse d’autant l’application effective des 35 heures.

Arrogant et cynique, résolument populiste, le vice-président du MEDEF, Denis Kessler, a profité de la tribune qui lui était offerte pour faire conspuer « la France qui bulle » et applaudir « la France qui bosse », sous le regard attendri de Charles Millon. « Nous sommes la seule démocratie où il y a encore plus de fonctionnaires que d’actionnaires ». Drôle de démocratie que cette « démocratie libérale » dont les droits de vote sont proportionnels à la valeur de votre portefeuille.

Denis Kessler a également qualifié d’« inacceptable » le fait que des militants CGT aient momentanément bloqué dans la matinée des trains transportant des patrons. Le fait que des millions de salariés, crevant de trouille devant l’autorité patronale, restent bloqués dans leurs entreprises et n’osent même plus exercer leur droit de grève, n’avait pas l’air de le déranger.

Voilà, sans doute, la véritable raison pour laquelle, comme le titre Libé, la CGT « a moins mobilisé » hier que le MEDEF. La CGT qui, avec sa mauvaise foi habituelle, reprochait au projet de deuxième loi Aubry de banaliser l’annualisation du temps de travail et de prévoir des allègements de cotisations sociales patronales, sans vraie contrepartie en matière de création d’emplois. La CGT qui osait demander une définition précise du temps de travail effectif et un traitement similaire pour les cadres.

Le MEDEF et la CGPME - soutenus naturellement par les agriculteurs imbéciles de la FNSEA - ont donc remporté « un incontestable succès » en mobilisant autant que lors de la manifestation organisée en décembre 1982 pour dénoncer une autre loi parfaitement absurde, celle sur les 39 heures. Leurs précédentes mobilisations, je suppose, devaient être contre le vote des femmes et contre l’abolition de l’esclavage.

Pendant ce temps, dans les centrales nucléaires, les employés n’ont pas vraiment le moral. On apprenait ainsi qu’un salarié était décédé « suite à un accident non nucléaire » (quel réconfort !) dans la nuit de samedi à dimanche dans un bâtiment réacteur de la centrale nucléaire de Flamanville. Retrouvé mort, au pied de son échafaudage, « dans la tenue respiratoire réglementaire ».

La gendarmerie et les services d’EDF ont naturellement ouvert une enquête. Il semblerait, selon les premières constatations, que cet « accident non nucléaire », intervenu alors que la centrale était à l’arrêt pour travaux de maintenance, « aurait pour origine (sic) un problème respiratoire ». EDF avance même, candide, qu’en « toute hypothèse, à la fin de son intervention, alors qu’il s’apprêtait à quitter son chantier, il semblerait que le flexible d’alimentation en air se soit débranché ». C’est bien normal. Jean-Yves Brémont, 34 ans, salarié de la société Wanner au Havre, est donc décédé, tout bonnement, « des suites de problèmes respiratoires ». Ça va bientôt être de sa faute.

Le 24 septembre, cette fois au centre de retraitement de La Hague, deux salariés de la COGEMA, deux privilégiés à qui un entrepreneur altruiste avait pris le risque d’offrir un emploi, avaient déjà été victimes d’un accident du travail dans l’atelier de maintenance des emballages de transport « pour un problème respiratoire ». Cet accident « non nucléaire » avait coûté la vie à l’un d’eux alors que l’autre est toujours dans le coma à l’hôpital de Cherbourg.

C’est fou le nombre de salariés qui ont des problèmes respiratoires ces temps-ci, dans les centrales.

Pierre Lazuly



Ça crée des emplois  8 janvier 1999

Lorsque j’étais jeune cadre dynamique dans une entreprise américaine (car sans vouloir me vanter, j’ai été jeune cadre dynamique dans une entreprise américaine), j’ai failli gagner des stock-options. Oh, pas beaucoup : je n’étais qu’un petit ingénieur ingénu s’ingéniant à générer de jolies pages en java. J’avais droit, si je ne démissionnais pas avant 2002, à 50 actions de mon entreprise au prix avantageux de 43 dollars. Si j’avais été un collaborateur de quelque envergure, disons un chef de projet, j’aurais eu droit à 100 actions au prix nettement plus malin de 35 dollars. Et si j’avais été Chief Executive Officer, j’aurais sans doute bénéficié de quelque 100.000 actions à 20 dollars.

On voit par là combien le principe d’attribution des stock-options est juste et égalitaire. Selon une étude du cabinet Hay Management, rapportée hier par Libération, sur les 300 premières entreprises françaises, 100% des patrons, 90% des cadres dirigeants, et 10 à 20% des cadres supérieurs bénéficient des stock-options. (Les autres ont droit au SMIC, c’est déjà pas si mal).

Les stock-options, comment ça marche ? « Pour récompenser le « dynamisme » de ses cadres, une entreprise peut leur accorder un droit d’acheter ses actions à un prix fixé à l’avance, généralement inférieur au cours de Bourse du moment. Si, au bout d’un délai prédéterminé, le cours de l’action a monté, l’heureux bénéficiaire de cette stock-option peut acquérir l’action (avec une grosse ristourne, donc) puis la revendre dans les minutes suivantes. Il encaisse ainsi sans prendre le moindre risque la différence entre le prix fixé par l’option et le cours de revente de l’action » (Libération). Bref, les stock-options permettent aux cadres dirigeants de se faire rapidement un max de pognon.

« Ça favorise l’innovation » répond Claude Allègre. « Donc ça crée des emplois », renchérit Strauss-Kahn. On comprend alors mieux pourquoi, dans le cadre de son « projet de loi sur l’innovation » (comme si l’innovation pouvait naître d’un décret !), un gouvernement socialiste se propose « d’assouplir la fiscalité sur les stocks-options » (en vieux français : « de diminuer fortement les impôts des plus riches salariés ») : il s’agit bien évidemment de lutter contre le chômage et même, on peut le dire, contre l’exclusion.

Ainsi, aux termes de l’article 13 du prochain projet de loi, les plus-values des stock-options ne seront plus imposées qu’à hauteur de 26% (contre 40% actuellement), et le délai de détention des stock-options avant de pouvoir acheter l’action est ramené de cinq à trois ans. « Enfin, et surtout, parce que, contrairement aux dispositions prises par [le finalement très socialiste] Juppé, les entreprises n’acquitteront plus de charges sociales quand elles distribueront des stock-options ». Selon le magazine l’Expansion, les plus-values virtuelles représenteraient une trentaine de milliards de francs.

L’objectif, bien sûr, c’est le modèle américain : il s’agit d’encourager le développement des « PME dynamiques » (les fameuses « start up » qui excitent tant Claude Allègre) qui, faute de pouvoir offrir des salaires mirobolants, recourent aux stock-options pour attirer et retenir leurs équipes. Étrangement, lesdites « PME dynamiques » sont généralement plutôt connues : Philippe Jaffré, PDG d’une sympathique PME répondant au nom de Elf, s’est attribué cette année 60.000 actions pour une plus-value virtuelle de 6 millions de francs. Pierre Lescure, heureux dirigeant d’une PME non moins dynamique appelée Canal+, faute sans doute de pouvoir s’offrir un salaire mirobolant, a bénéficié ces dernières années de 25 à 30 millions de francs de stock-options, et Michel Bon, on s’en souvient, s’était vu offrir 20 millions de francs en stock-options en quittant la célèbre PME de grande distribution Carrefour.

Le gouvernement, en contrepartie, exige désormais « plus de transparence » (les dirigeants devront désormais communiquer le nom des bénéficiaires) et « les entreprises ne pourront plus consentir de rabais sur le prix d’exercice de leur stock-options ». Curieusement, cette exigence gouvernementale rejoint exactement la dernière mode américaine en matière de stock-options. Une pratique que le patron de Vivendi, Jean-Marie Messier, a été le premier à introduire en France : si vous bénéficiez d’un rabais, vous êtes quasiment certain d’empocher une bonne plus-value à l’issue des 3 ans ; si vous bénéficiez d’un prix égal au cours réel (ou même supérieur de 20%, dans le cas de Vivendi), vous ne profiterez de vos stock-options que si le titre de l’entreprise s’est réellement envolé au cours de la période donnée. Ces stock-options n’étant attribuée qu’aux principaux dirigeants de l’entreprises (directeurs des filiales, etc...), chacun doit alors faire de son mieux pour valoriser la cotation boursière. Et la meilleure façon d’améliorer la valeur de l’action, c’est bien connu, c’est de créer des emplois.

Ces arguments, les syndicalistes archaïques ne les comprennent évidemment pas : « 4 milliards de francs de cadeau pour 12 000 privilégiés, comparés aux 4,5 milliards dégagés pour quelque 4 à 5 millions de chômeurs ou d’exclus, on voit tout de suite qu’une telle mesure irait dans le droit fil de la justice sociale et de la réduction des inégalités », déclarait notamment hier le secrétaire général de la CGT, Louis Viannet, avec une mauvaise foi évidente. Des mauvaises langues rappelaient l’amitié existant entre Jospin et Seillière ou entre DSK et Kessler. D’autres avaient même le toupet de rappeler que DSK avait dirigé jusqu’à peu un cabinet de lobbying patronal à Bruxelles. Ça n’a évidemment rien à voir.

« Après neuf séances de hausse consécutive (+16,3%), la Bourse de Paris, comme les autres places européennes, a éprouvé le besoin de souffler jeudi ». Les pauvres choux !


BONNE NOUVELLE : CETTE RÉFORME EST REPORTÉE

« Sous la pression de sa majorité, le gouvernement reporte la réforme qui visait à alléger fortement la fiscalité sur les stock-options », révèle Le Monde du 9 janvier. Espérons qu’elle sera définitivement enterrée.

Pierre Lazuly



Le salaire de la peur  19 mai 1998

Ainsi donc, Ernest-Antoine Seillière souhaite instituer des « emplois-client », dont le salaire serait régi par les seules « lois du marché ». Grand seigneur, EAS laisse le soin à l’Etat de financer s’il le souhaite la différence entre le SMIC et le salaire consenti par l’entreprise. Tel est le « projet espoir » du baron Seillière.

Ce doit être mon côté archaïque, mais le salaire régi par les « lois du marché », ça m’a fait bondir. Par l’un de ces détournements de langage dont les libéraux sont coutumiers, il devient dans la bouche de Jean-Marc Sylvestre : « le salaire que peuvent payer les entreprises ». Entendez par là : le salaire maximum que l’entreprise peut - sans nuire à son activité - verser à ses « collaborateurs ».

Mais le salaire régi par les « lois du marché », c’est cette bonne vieille loi de l’offre et de la demande. Elle est déjà en vigueur pour les cadres - voir par exemple l’envolée des salaires des informaticiens -, il ne restait plus qu’à l’appliquer au bas salaires, encore protégés par une législation contraignante (et « archaïque », bien sûr). A la différence près que, alors que le marché du travail déplore une pénurie d’informaticiens, le vivier de chômeurs laisse envisager sereinement, en cas de dérèglementation, une baisse sensible des rémunérations pour les emplois peu qualifiés. Tel est l’« espoir » du baron. Ca vit de peu de chose, finalement, un baron.

Je pensais à Jean-Marc Sylvestre, ce matin, en mangeant mon fromage blanc à la vanille. Lui aussi, il devra s’adapter. Maintenant que le MATIF a fui vers Francfort, la Bourse de Paris va devoir créer une nouvelle valeur. Selon mes informations, elle devrait s’appeler « la VISS » (pour Valeur Instantanée du Salarié de Seillière). L’expression « serrer la VISS » est d’ailleurs déjà passée dans le langage courant.

On peut déjà imaginer la chronique de l’abbé Sylvestre : « malgré une belle progression de la valeur informaticienne (+6,4% pour les ingénieurs, +3,7% pour les techniciens), due essentiellement à une rumeur d’achats massifs d’informaticiens par Cap Gemini, le VISS termine en net repli, avec toujours les plus fortes baisses chez les salariés archaïques. Les musiciens terminent à -5%, les romanciers non mazarinés à -7%, alors que les titres de philosophie et de sociologie s’échangent à moins de 3 francs. Plutôt acheter Eurotunnel ! (rires). A noter la bonne tenue des hôtesses de caisse en dessous des 13 francs de l’heure, grâce à l’arrivée sur le marché des fonctionnaires privatisés, bien sûr, mais aussi grâce aux stages d’exclusion recommandés par la Commission Européenne afin de sensibiliser les salariés aux risques encourus par les grévistes. En somme, rien que des bonnes nouvelles, Patricia. A demain, 7h25, toujours sur Bouygues Inter. »

Comme le soulignait Olivier Cyran, célèbre trotskyste anglais : « il n’y a jamais eu aussi peu de grèves en France depuis de 50 ans. Pas besoin de supprimer le droit de grève, la trouille du chômage fait ça tout seul ».

Et c’est ainsi que se fera le grand miracle libéral.

Pierre Lazuly



© Les Chroniques du Menteur, 2008
E-mail : Pierre Lazuly
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