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  Regagner la ville  16 novembre 2003

Moi je traîne dans le désert depuis plus de vingt-huit jours
Et déjà quelques mirages me disent de faire demi-tour
La fée des neiges me suit, tapant sur son tambour.
Les fantômes du syndicat des marchands de certitude
Se sont glissés jusqu’à ma dune, reprochant mon attitude
C’est pas très populaire le goût d’la solitude.

Mais vous me pardonnerez peut-être d’avoir disparu comme ça, sans prévenir. Et de vous revenir comme ça, un peu honteux, un peu maladroit. Parce que l’envie d’écrire revient comme une chance et qu’elle ne prévient pas.

Toujours aussi difficile de reprendre, pourtant. Le trac. La peur de décevoir. Mais aussi l’irrésistible envie de revenir. De faire rimer des mots avec sourire. « Le besoin d’écrire est une curiosité de savoir ce qu’on y trouvera », disait Alain. C’est exactement ça. Envie d’écrire comme on pagaie sur la mer en juillet, laisser les mots tourbillonner, voir où ils veulent nous emporter. S’en étonner.

Quand t’es dans le désert
Depuis trop longtemps
Tu t’demandes à qui ça sert
Toutes les règles un peu truquées
Du jeu qu’on veut t’faire jouer
Les yeux bandés.

Recommencer à écouter France Inter. À lire la « presse nationale de qualité ». À s’informer. Envier un instant Stéphane Paoli. Ses certitudes. L’arrogance pathétique de celui qui se croit nécessaire au grand débat démocratique. Et puis le plaindre.

Acheter Le Figaro, douloureusement. Respirer l’air du temps : « Les 35 heures font partie de ces nombreuses plaques léguées à la France par vingt ans de socialisme : "boulevard de l’Insécurité", "avenue de l’Irresponsabilité", "voie sans issue de la Culture de l’Excuse", ou "rond-point du Communautarisme". Quand les arracherons-nous pour éviter que la France ne perde son chemin ? ». Avoir envie d’en faire quelque chose. Et puis se dire « à quoi bon  ? ».

Écouter Raffarin parler de solidarité. Préférer en rire.

Tous les rapaces du pouvoir menés par un gros clown sinistre
Plongent vers moi sur la musique d’un piètre accordéoniste
J’crois pas qu’ils viennent me parler des joies d’la vie d’artiste.

Et l’intermittent de la chronique s’aperçoit avec effroi qu’il n’atteindra pas cette année son volume d’heures travaillées. Que l’Unedic refuse de prendre en compte la lecture de Brautigan, qui lui avait pourtant tant apporté. Que seul le nombre de feuillets produits serait pris en compte, désormais.

Croire pourtant, comme Gilles Deleuze, que « le problème n’est plus de faire que les gens s’expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire ».

Et croire que c’est dans le désert qu’on fait les plus belles rencontres.

Hier un homme est venu vers moi d’une démarche un peu traînante
Il m’a dit : "T’as t’nu combien d’jours ?" J’ai répondu : "Bientôt trente"
Je m’souviens qu’il espérait tenir jusqu’à quarante
Quand j’ai d’mandé son message, il m’a dit d’un air tranquille
Les politiciens finiront tous un jour au fond d’un asile
J’ai compris que j’pourrais bientôt regagner la ville.

Pierre Lazuly

D’après « Quand t’es dans le désert », de Jean-Patrick Capdevielle.



Du pain, du vin, du Raffarin
(la tactique du fromage)  13 février 2003

Vous vous souvenez peut-être de cette publicité télévisée : c’était pour un fromage, un de ces fromages ronds et malléables dont la « tartinabilité » est exaltée par l’emballage. La caméra, placée dans le frigo, nous laissait entrevoir les agissements suspects d’un père de famille alléché, qui venait à toute heure du jour et de la nuit taper dans ledit produit. Pour masquer ses actes coupables, il avait mis au point une technique admirable : après avoir mangé, il reconstituait toujours à la pointe du couteau un fromage en tous points semblable à l’original. L’emballage ne dissimulait certes plus grand chose, mais les apparences étaient sauves. Et lorsque le fromage était enfin présenté sur la table à manger, le père jouait les innocents devant cet inexplicable rétrécissement.

J’y ai repensé l’autre nuit : j’avais entendu du bruit. Un bruit de cantine qui semblait provenir de la cuisine. Alors, soudain, j’ai eu cette impression très nette : Raffarin profitait de mon sommeil pour venir se servir en douce dans mon Boursin. J’ai bien pensé descendre pour le prendre sur le fait, mais je n’ai pas osé (ses gardes du corps m’en auraient sûrement empêché). Le lendemain, par contre, la première chose que j’ai faite, ça a été de déballer tous mes fromages et de les mesurer. A première vue, rien n’avait changé : les emballages étaient tous à leur place habituelle, on ne se serait pas méfié. Pourtant, à bien y regarder, tout avait rétréci pendant la nuit : le Boursin avait bien conservé sa forme, mais il avait diminué de moitié ; le gruyère, lui, avait toujours les mêmes dimensions, sauf qu’il n’était plus composé que de trous.

C’est ce qu’on pourrait appeler « la tactique du fromage ». En politique, jusque là, on connaissait surtout « la tactique du salami », qui consiste à parvenir à ses fins en arrachant à l’adversaire une longue série de concessions minimes. Une tactique assez traître, que redoutait encore récemment un responsable de la CGT sur le dossier des retraites : « s’il veut avancer, il doit commencer par discuter des principes généraux et ne pas pratiquer la tactique du salami, c’est-à-dire traiter les régimes tranche par tranche » [1].

Mais Raffarin, lui, n’a pas choisi la stratégie du salami. Le salami, si vous me permettez ce jeu de mots facile, c’était Juppé. Il débarquait chez vous, droit dans ses bottes ; il avait décidé que sa première tranche, ce serait vous. D’emblée, il vous traitait de privilégié, puis il s’attaquait ouvertement à votre garde-manger. Lui aussi, il en voulait à votre fromage : mais il vous le prenait tout entier, avec son emballage. Inutile de vous dire qu’avec des méthodes pareilles, il n’a pas eu un grand succès : rien n’est plus horripilant que de voir Juppé vous arracher le Boursin des mains ; vous faites la grève dès le lendemain.

Raffarin est beaucoup plus malin : il profite de votre sommeil, vous ne remarquez rien. Il remet toujours les emballages en place après ses funestes festins. Et c’est ce petit détail qui le rend redoutablement plus efficace que Juppé. Jetez donc un oeil dans votre frigo. Les 35 heures n’ont pas disparu : après leur « assouplissement », c’est toujours un morceau de gruyère ; il a juste ajouté des trous pour que les 39 heures puissent y tenir sans surcoût. Regardez un peu plus haut, vous y trouverez l’impôt sur les grandes fortunes. Il n’a pas disparu non plus : après les amendements votés la semaine dernière, c’est un gruyère qui a encore toute sa croûte. Même si la fortune des entrepreneurs peut facilement s’écouler au travers de ses nouveaux trous. Là encore, il ne commet pas la faute grossière d’un Balladur et d’un Chirac qui, en 1987, avaient fait disparaître l’ISF avec sa croûte.

Quant à « l’épineux dossier des retraites », il sera traité plutôt comme du Boursin ; c’est du moins ce que je déduis du dernier discours de Raffarin. A l’entendre, il ne changera quasiment rien. « Pas question de toucher à la retraite par répartition ; on pourra toujours partir à 60 ans si l’on veut ». Bref, il vous le dit la main sur le coeur : il n’en veut pas à votre Boursin.

Comme le cambrioleur avisé, il choisira une nuit de juillet. Vous serez dans les bras de Morphée. Alors, en douce, il suivra l’exemple de Balladur. Il modifiera les modes de calcul, l’alignera sur des indices qui reculent ; il diminuera subtilement la valeur des points, la réduira à peau de chagrin. Avec cette méthode imparable, la réforme paraîtra sans doute acceptable : pour qui ne regarde que l’emballage, on aura conservé le fromage. C’est seulement à la fin, quand vous ouvrirez votre Boursin, que vous constaterez - mais un peu tard - que l’emballage ne contient presque rien.

Pierre Lazuly


[1] Libération, 11 janvier 2003.



Cloneries  2 janvier 2003

Je n’avais pas voulu y croire, au départ, à cette histoire de clonage humain des Raëliens. Je suis un peu comme Saint-Thomas : je ne crois que ce que je vois, et je refusais d’admettre la naissance de ce bébé cloné tant qu’on ne me l’aurait pas prouvée par A+B. Hélas, il a bien fallu que je me rende à l’évidence : les clones étaient déjà arrivés en France.

Si j’en crois les informations publiées hier par Le Monde, l’AFP et Reuters, Nicolas Sarkozy aurait en effet été observé, pour la seule nuit de la Saint-Sylvestre, au Ministère de l’Intérieur (place Beauvau), mais aussi place de l’Etoile et sur les Champs-Elysées, au commissariat du XIXème arrondissement, à la caserne des pompiers de la place Champerret (dans le XVIIème arrondissement), en compagnie d’une compagnie de CRS dans le quartier sensible des Tarterêts à Corbeil-Essonnes, à la direction départementale de la sécurité publique d’Evry, au siège de l’état-major des sapeurs-pompiers de Paris, ainsi qu’à la brigade territoriale de gendarmerie de Fleury-Merogis (assis sur un bureau, évoquant les souliers des nouveaux uniformes - ce que n’a pas manqué de rapporter Le Monde dans son ineffable « Il est 3 heures du matin en 2003, et Nicolas Sarkozy est "toujours là" »).

Inutile de vous dire que si un meurtre avait été commis cette nuit-là, il aurait été bien en peine de faire avaler aux enquêteurs la crédibilité d’un tel alibi : jamais un être humain n’avait jusque là fréquenté autant d’endroits en une seule nuit. Non, vraiment, tout esprit cartésien se sera rendu à l’évidence : il ne pouvait s’agir que de clones du ministre, qui s’étaient partagé équitablement « le terrain » d’Ile-de-France. Après tout, les gendarmes en carton-pâte que l’on disséminait le long des routes de France n’avaient-ils pas fait leurs preuves ? Démultiplier les ministres médiatiques n’en était que le prolongement logique.

Je sais ce que vous allez me dire : ce n’était peut-être que des sosies. Moi-même j’ai eu un doute : c’est vrai qu’on ne parlait jusque là que de clones de bébés et qu’un Sarkozy en lingette aurait sans doute été d’une moindre efficacité. J’étais donc des plus sceptiques, mais une interview du gourou Raël, donnée à Libération l’an dernier, m’a sérieusement fait douter : « Quand j’étais chez les Elohim (les extraterrestres qui l’auraient enlevé, ndlr), ils m’ont montré comment on pouvait cloner des adultes, grâce à un processus de croissance accélérée ».

Tout le monde s’en doutait : cloner des bébés, ça n’avait pas grand intérêt ; c’était tout juste bon à alimenter les journaux désoeuvrés. Mais cloner des adultes, ça, c’était inespéré : on pourrait bientôt démultiplier la même vedette sur plusieurs chaînes de télé et envoyer le même homme politique sur des tas de terrains en même temps !

Pour en savoir un peu plus, je me suis rendu dans une discrète PME du Poitou, spécialiste en clonage d’hommes de terrain, dont le directeur général a bien voulu répondre à mes questions en surveillant l’imposant aquarium où une vingtaine de Roselyne Bachelot se trouvaient apparemment en phase de croissance accélérée. Alors que je m’étonnais de voir autant de clones d’une ministre qui n’était peut-être pas la plus indispensable, mon interlocuteur m’a tranquillement expliqué : « Vous n’étiez pas au courant que des galettes du Prestige avaient fait leur apparition sur les plages du Pays Basque et atteindraient bientôt l’estuaire de la Gironde ? La voilà, la raison ! Vous savez très bien que ce que l’on a reproché à Dominique Voynet, ce n’est pas son travail de ministre : c’est de ne pas s’être rendue sur place après la catastrophe de l’Erika. Eh bien là, croyez-moi, des ministres de l’écologie, vous en aurez sur toutes les plages du Sud-Ouest ! ».

J’objectais que la science n’était peut-être pas encore parfaitement au point, et que, peut-être, les clones de ministres pourraient être à l’origine de gaffes plus importantes encore que celles des ministres authentiques. Jean-Paul Renard, spécialiste du clonage animal à l’Institut national de la recherche agronomique, ne venait-il pas de déclarer dans Libé : « Pour trois ou quatre clones qui vont naître, il y aura 30 à 40% d’anormaux, un risque inacceptable en médecine ! ». Mon interlocuteur souriait toujours. « Certains ont quelques difficultés à maîtriser la langue qui doit être celle d’un ministre, c’est vrai », admit-il, « c’est d’ailleurs ce qui explique que vous ayez lu jeudi dans Le Monde une Roselyne Bachelot déclarer que "cette merde qu’est la marée noire, quand on n’a pas les mains dedans, on ne peut pas comprendre ce que c’est". C’est le principal défaut de nos clones, à l’heure actuelle, ils s’expriment parfois comme des charretiers ».

J’étais tout de même assez impressionné. « Mais, d’un point de vue physique, la ressemblance est toujours à ce point parfaite ? ». La question avait l’air de l’embarrasser un peu. « Pas toujours, hélas, mais certains de nos produits imparfaits parviennent tout de même à trouver des débouchés sur le marché. Comme ce clone imparfait du ministre de l’Intérieur, qui ne pouvait décemment pas faire illusion dans les commissariats : on l’a prénommé Guillaume et il fait désormais une brillante carrière en tant que vice-président du Medef. Vous savez, celui qui déclarait récemment être un patron "fier de délocaliser". Il ne délocalise pas les sans-papiers, c’est sûr, mais l’essentiel de l’esprit lui est quand même resté ».

Avant de prendre congé, j’ai voulu savoir quelles perspectives il voyait pour son entreprise. « La décentralisation, vous connaissez ? Pour nous, c’est du pain bénit ! Vous verrez, l’an prochain, les trois malheureux Sarkozy qui se partageaient l’Ile-de-France, ils auront fait des petits. On nous en a déjà commandé deux rien que pour Strasbourg ! Des ministres décentralisés, il y en aura partout : au moindre fait divers, vous les verrez débarquer près de chez vous. Et croyez-moi, ça ne coûte pas très cher à produire, comparé aux bénéfices escomptés ! Mais pour notre entreprise, bien sûr, la première priorité, c’est de rester discret : je ne vous ai répondu que parce que vous avez une audience confidentielle, mais c’est déjà à la limite de la faute professionnelle ».

Je le remerciai vivement pour ses confidences - belle exclusivité pour la reprise des chroniques - et repris ma route à travers les marais poitevins. Une radio locale diffusait la voix d’un Jean-Pierre Raffarin, mais lequel ? « Je dis aux jeunes : la fête, c’est la vie. La vie, c’est ton visage ! », expliquait-il dans une logique de clone, avant de conclure : « L’alcool accélère la vitesse ». Finalement, en les écoutant, c’était assez facile de les reconnaître.

Pierre Lazuly

Les déplacements de Nicolas Sarkozy, les citations de Libé (édition du 28/12/02) et du Monde (édition du 02/01/03), ainsi que les déclarations de Roselyne Bachelot et de Jean-Pierre Raffarin sont rigoureusement authentiques. Les propos de « l’entrepreneur poitevin » ont (presque) été recueillis par le Menteur.



Écoutez la décadence  2 octobre 1998

Ceux d’entre vous qui parviennent toujours à écouter France Inter auront sans doute remarqué l’omniprésence à l’antenne des publicités financières : de la CNP qui entre en Bourse (« pour être plus proche de nous ») à la Mondiale qui nous permet de bénéficier des meilleures assurances vie, de la « fiscalité avantageuse du PEP » et même de profiter de la loi Madelin - Dieu m’en garde ! -, c’est triste à dire, mais France Inter est devenue peu à peu la radio des investisseurs malins.

Alors peut-on décemment, après une publicité nous incitant à devenir actionnaire de la CNP, expliquer en ouverture de journal que la Bourse de Paris a perdu 9% en deux jours, que les valeurs bancaires se sont effondrées de près de 60% et qu’aucune d’elles n’est capable d’évaluer ses pertes ?

Peut-on, sans nuire aux gentils annonceurs, expliquer les tenants et les aboutissants de la crise, de parler de la situation intenable en Amérique Latine ? Le petit auditeur-porteur pourrait s’inquiéter de l’avenir de la CNP, réfléchir à deux fois avant de se laisser tenter par la « fiscalité avantageuse du PEP ».

Alors, petitement, on ouvre le journal sur la querelle des séniles du Sénat, les petits vaccins qu’il faut ou qu’il faut pas, Chirac qui s’extasie devant une 306, puis on laisse Jean-Pierre Gaillard déblatérer quelques chiffres à la va-vite en expliquant que c’est à cause d’Alcatel, du sexe de Monsieur William Clinton ou des fonds de pension, mais que tout ça va rentrer dans l’ordre, d’ailleurs regardez, les français ont confiance, ils ont acheté 33% de voitures en plus en septembre ! Suit alors la publicité pour je ne sais quelle banque, se terminant par (je cite) « moi, j’aime gagner ; avec le placement machin, je suis l’investisseur le plus malin du marché ».

J’ai longtemps été un fidèle d’Inter, pour une bonne et simple raison : on ne nous y prenait pas pour des imbéciles. C’est désormais chose faite. L’introduction de la publicité à l’antenne était loin d’être innocente. Car on ne le répètera jamais assez : la publicité est le meilleur moyen de contrôler les médias, d’acheter leur bienveillance, de tuer l’impertinence, de flinguer l’indépendance. France Inter « s’adapte » simplement à la médiocrité ambiante.

Reste Daniel Mermet et son émission modeste et géniale ; coincé entre deux barils d’assurance-vie et une loi Madelin, il a l’air malin.



EN BREF !

Moi qui m’imaginais qu’avec un slogan aussi cynique (« on peut encore être ému de nos jours »), le public bouderait la 206, j’ai été déçu : la 206 est un véritable succès commercial, si vous en commandez une maintenant vous ne l’aurez qu’en janvier. Ça doit être pour faire durer l’émotion.

Près de deux Français sur trois (62%) pensent que Lionel Jospin sera « un jour » élu président de la République, selon un sondage IPSOS publié par L’Evénement du Jeudi. Il y a trois ans, ils disaient la même chose de Balladur.

L’imbécile du jour est l’UDF Jean-Pierre Raffarin, pour cette intéressante analyse : « on ne peut pas préparer l’union dans la désunion ».



MENACES SUR LES ÉQUILIBRES NATURELS
(une dépêche AFP)

Un tiers de la richesse naturelle de la planète a disparu depuis 1970, sous la pression de l’augmentation rapide de la consommation humaine qui menace de rompre les équilibres naturels, a affirmé jeudi le Fonds mondial pour la Nature (WWF).

Le Fonds a établi dans un rapport un indice qui mesure pour la première fois la préservation des milieux (écosystèmes) forestiers, marins et d’eau douce dans 152 pays. Il a observé en parallèle la pression exercée par la consommation des hommes, notamment de céréales, poissons, viande et ciment. Globalement, l’indice du Fonds mondial pour la nature a baissé de 30% depuis 1970. La détérioration s’est accélérée au cours des dernières années, avec un recul de 3% par an.

Dans le même temps, la consommation humaine s’emballait et croît désormais à un rythme de 5% par an. Elle a doublé pour le poisson depuis 1960, avec quelque 110 millions de tonnes pêchées par an, doublé aussi pour les céréales, et progressé des deux-tiers pour le bois.

La consommation de ciment, indicative de l’urbanisation de la planète, a quadruplé, tandis que les prélèvements d’eau douce doublaient, de même que les émissions de dyoxide de carbone, responsables des changements climatiques. Les pays industrialisés sont bien évidemment en tête du mouvement, consommant en moyenne 2,5 fois plus que les habitants des pays en développement, avec des écarts considérables d’un pays à l’autre.

Le résultat de cette consommation en croissance exponentielle est une « détérioration très nette des écosystèmes naturels », note l’un des auteurs du rapport, Jonathan Loh. « Et le plus inquiétant est le déclin des milieux d’eau douce, qui ont jusqu’à présent beaucoup moins préoccupé les esprits que les forêts et les océans ».

Ainsi, la moitié des écosystèmes d’eau douce sont en déclin depuis le début des années 1970, souligne le rapport, qui a étudié quelque 227 espèces de poissons, reptiles, oiseaux et mammifères vivant dans ou autour des lacs. Dans les mers et océans, 40% des espèces déclinent, tandis que les forêts ont perdu entre 1960 et 1990 13% de leur superficie globale, l’équivalent d’une zone un peu plus grande que l’Espagne.

L’Asie et ses forêts tropicales ont été les plus touchées par les incendies et la déforestation, causée notamment par l’exploitation agricole des sols et industrielle du bois. Aujourd’hui, seuls le Canada, la Russie et les bassins de l’Amazone et du Congo restent relativement épargnés.

Pierre Lazuly



© Les Chroniques du Menteur, 2008
E-mail : Pierre Lazuly
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